USA vs France : K.Omédie


En France on a parfois une fâcheuse tendance à passer à côté de l’essentiel.

C’est comme ça qu’une série aussi définitive que « The Shield » a été diffusée dans l’indifférence générale à des heures révolutionnaires par FR3, que Jay-Z est essentiellement connu comme étant le mari de Big Booty Beyoncé ou encore qu’on continue par ici de snober la crème de la comédie US.

Après Will Ferrell et la fine équipe du Frat Pack, c’est au tour de la génération Apatow, menée par l’excellent Seth Rogen, acteur et scénariste, de prendre les chemins de l’underground pour accéder au statut de culte.

La presse a retenu la leçon, elle qui ne cesse de tresser des couronnes de lauriers à cette nouvelle bande de marrants, des « Grands Frères » à « Supergrave » en passant par « En cloque mode d’emploi« .

En même temps, le public est un mouton con, il va paître où on lui dit et malheureusement, rayon comédies US qui font rire pour de vrai (non les comédies romantiques avec Cameron Diaz, Reese Witherspoon et Patrick Dempsey ne comptent pas), les salles font leurs majorettes, forçant les amateurs au sevrage.

Voir « Semi-pro » ou « Délire express » ailleurs qu’à l’UGC Orient-Express relève du parcours du guérillero.
Des sorties confidentielles dans des salles d’une autre époque où on peut trouver du popcorn fossilisé entre les fauteuils, des emballages de Raiders et des bouteilles de Banga, c’est le funeste destin réservé aux comédies US sans Jim Carrey ou romantique.

Si dans 10 piges on se retrouve avec une génération d’incultes qui ne saura rien du génie comique de Will Ferrell et Owen Wilson, ignorera tout du talent comico-burlesque de Steve Carrell et Ben Stiller et sera passée à côté du couronnement de Christopher Mintz-Plasse et Seth Rogen, faudra pas venir chouiner.

Hypocritement, certains arguent du fait que l’humour est finalement très culturel et que ce qui fait rire à Hong-Kong ne provoque pas forcément la même marade au Luxembourg. Pourtant, difficile de faire plus culturel comme humour que « Bienvenue chez les Ch’tis » et le film se vend très bien à l’étranger.

Bref.

Avez-vous entendu parler de « Drillbit Taylor » comédie produite par Judd Apatow dans laquelle Owen Wilson, interprète un bodyguard à la dérive engagé par un trio de gamins pour assurer leur sécurité face à la terreur de leur bahut ?
Il y a fort à parier que non, et de toute façon il vaut mieux sinon vous seriez particulièrement offusqués par le nombre anecdotique de copies dans lesquelles il est sorti chez nous.

Plus haut, j’absolvais le spectateur lambada de toute culpabilité dans le manque de visibilité et de succès des comédies US qui font marrer.
Peut-être ai-je été trop clément. Peut-être que le spectateur est pecquant d’avaler avec gloutonnerie l’humour indigeste qu’on lui vend dans la petite lucarne ? La plupart des acteurs comiques qui ont émergé ces dernières années, y compris les plus talentueux (Jean Dujardin ou José Garcia pour ne citer qu’eux), sont nés à la télévision et squattent la moindre émission de divertissement sans relâche. Dans ces conditions, ceux qui ne bénéficient pas d’une telle exposition n’existent tout simplement pas à l’exception de quelques super stars comme Will Smith ou Jim Carrey. De quoi serions-nous coupables alors ? De faire une fixette sur le doigt quand il y a la lune et tant d’étoiles à voir.

Combien de films français drôle dans le temps sont sortis ces dernières années ?
Une poignée pas plus, « OSS 117« , « Seuls Two » et « Mission Cléopâtre » tirant tout particulièrement leur épingle du game. La majorité de la production comique hexagonale perd toute sa force humoristique après une première vision. J’ai revu récemment « Brice de Nice » et « Chouchou« , et pas une fois mes zygomatiques n’ont, ne serait-ce qu’une seule fois, frémis. Le côté jetable caractérise les comédies français. « Safari » chasse « Coco » avant d’être écarté à son tour par « OSS 117 : Rio ne répond plus« . Exception faite de ce dernier, dont l’humour hors du temps et le second degré en font un film brillant, il y a fort à parier que « Safari » et « Coco » ne passeront pas à la postérité d’un « Rabbi Jacob« .

A la différence des comédies américaines, les caleçonnades de chez nous sont frileuses et cruellement dénuées d’ambition, s’évertuant principalement à capitaliser sur la popularité de certains humoristes voire même de certains de leurs personnages (Cyprien, Brice de Nice, Coco, Chouchou).

Autre distinction majeure avec les comédies de tonton Sam, les films fendards béret/baguette sont rarement bien écrit. Plutôt que la qualité du rire, on privilégie sa fréquence au moyen de ressorts comiques éprouvés (le français approximatif de Jamel, les répliques de « Papa est en haut » de Gad Elmaleh, l’accent Ch’ti usé jusqu’à la corde de Dany Boon etc…). Le public est en terrain connu, ce qui lui garantie plus ou moins de ne pas jeter 9 euros par les fenêtres.

Fort heureusement, il y a des exceptions. Dans « OSS 117« , on ne se fend pas la bille non-stop tout du long, mais trois ans après sa sortie on se bidonne toujours autant. « Disco » est sorti il y a un an, et ça ne fait déjà plus rire personne. Qu’importe, Franck Dubosc et Fabien Onteniente préparent sans doute un nouveau remix de « Camping » pour l’année prochaine.

Pendant ce temps, Judd Apatow turbine comme un beau diable, mille projets dans les tiroirs en tant que metteur en scène, scénariste ou producteur dont « Funny People » avec Seth Rogen et un Adam Sandler Redux, Ben Stiller s’interroge sur une possible suite à « Tonnerre sous les tropiques » entre deux films alimentaires, tout comme Owen Wilson ou Vince Vaughn.
Dans l’allée génies absolus du grand magasin de l’humour amerloque, Will Ferrell met les petits plats dans les grands avec un blockbuster qui s’annonce hilarant et sur lequel la France ne pourra pas fermer les yeux (« The Lost World« ) et Steve Carrell continue de lustrer son talent dans « The Office » en se préparant à reprendre le rôle de François Pignon dans la version drôle US du « Dîner de Cons« .
Sournoisement, façon cancer après la chimio, une palanquée d’aspirants ferrells se préparent dans l’ombre à prendre d’assaut nos zygomatiques tout en continuant d’assurer le rayonnement d’un genre en perpétuel renouvellement depuis quelques années.

Réjouissant.

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Classé dans Cinéma

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