Et le rideau sur l’écran est tombé


Duplicity

Owen is the new Clooney, Julia Roberts est comme le bon vin et le topic du film, l’espionnage industriel, est captivant. Mais ne vous laissez pas duper ! Duplicity est d’un ennui germanique (cf Derrick, Tatort, Le Renard, j’en passe et des plus chiants). Tony Gilroy, qui n’aime rien tant que la complexité masturbatoire de ses scénarios, nous livre un divertissement dont le raffinement des dialogues et l’élégance de la mise en scène ne sauraient compenser une trame faussement compliquée pour quiconque ne se livre pas à des excavations nasales pendant le film.
La fin anti-hollywoodienne est des plus convenues bien qu’inattendue. On aurait aimé voir la chose entre les pognes de Soderbergh, pote de Gilroy.

Hot Fuzz

Bad Boys II chez l’inspecteur Barnaby. Hott Fuzz parodie avec inventivité et affection les films d’actions made in Hollywood, en particulier ceux de Michael Bay, dont Shawn Wright n’hésite pas à singer la mise en scène avec intelligence. Jusqu’aux 20 dernières minutes, Hot Fuzz est un divertissement geek agréable affaiblit par une intrigue qui pèche par manque de rythme. Mais à une vingtaine de minutes de « The End« , le film bascule dans le culte et s’affirme comme un chef d »oeuvre d’humour absurde à l’anglaise. Evidemment, il faut pour cela capter le second degré, deviner les blagues subliminales, aimer caméos et références geeks et apprécier à sa juste valeur la satire des notables anglais. C’est mon cas.
Mention spéciale aux acteurs principaux, Simon Pegg et Nick Frost, dont les physiques quelconques servent parfaitement leur talent comique. Spielberg ne s’y est pas trompé, puisqu’il leur a confié les rôles des Dupont et Dupond dans son adaptation casse-gueule de Tintin.

Ne me libérez pas je m’en charge

Indiscutable césar du meilleur documentaire lors de la prochaine cérémonie des blowjobs du cinéma français.
Un film intense sur Michel Vaujour, délinquant, puis braqueur et roi de la belle mais surtout homme entier qui a refusé tous les compromis imposés par la société.
Rarement documentaire aura aussi bien rendu compte du voyage intérieur d’un homme, qui en arrivant à se connaître lui-même (17 ans d’isolement, il avait le temps), est parvenu à mieux comprendre les autres.
Malgré l’extremisme de l’histoire de Michel Vaujour, Ne me libérez pas je m’en charge parle à chacun de nous car la quête du bonhomme est universelle et nous renvoie nez à nez avec nos propres compromis et renoncements.
Si on sent que la réalisatrice est tombée sous le charme de Vaujour, la franchise, la dignité et la lucidité de celui-ci, quant à sa vie et ses actes, empêchent le film de basculer dans l’hagiographie de mauvais goût.
Un film sobre, ascétique presque, dans lequel « le charisme de Michel Vaujour tient lieu de mise en scène » comme le soulignaient joliment les Inrocks. 

Dans la brume électrique

Epatant polar made in USA signé Bertrand Tavernier d’après le monument de James Lee Burke.
Tommy Lee Jones et le trop méconnu Peter Sarsgaard sont, comme toujours, impeccablement exceptionnels, la voix-off est, une fois n’est pas coutume, utilisée avec une intelligence rare (peut-être parce que Tavernier en a confié la rédaction à Burke) et la Louisiane s’impose comme un personnage de cinéma fascinant.
Gris, moite et envoûtant, The Pelican State, avec ses bayous, sa musique cajun et bluesy, ses croyances, son passé raciste et son présent meurti par une violence endémique, participe pour beaucoup à l’atmosphère fantastique dans laquelle trempe cette réussite exemplaire, magnifique voyage exploratoire et cinématographique. Grâce à une mise en scène intelligente et sincère balayant d’un revers de la main le clinquant et l’explicatif, Tavernier a trouvé le parfait équilibre entre l’intrigue et l’atmosphère de son film, dont il parle avec la fierté d’un rêve réalisé. Il peut.

Chéri

En route pour aller voir Chéri, avec la mienne, j’oscillais entre indifférence polie et crainte de l’ennui.
Toutes les conditions de la bonne surprise étaient donc réunies. Que j’ai aimé le film, n’en n’est donc finalement pas une.
Stephen Frears a l’intelligence de ne pas étirer inutilement son film en partie grâce à la voix-off. Nullement envahissante ou didactique, elle nous évite de longs tunnels explicatifs et permet de se concentrer sur l’essentiel : l’inatendue passion entre un jeune homme d’une vingtaine d’années et une vieille pute de luxe incarnée avec brio et charisme par Michelle Pfeiffer, qu’aucun metteur en scène n’avait sublimé de la sorte depuis belle lurette.
Le jeune hidalgo est campé par Rupert Friend, petit ami sosie de Keira Knightley, tout en préciosité effeminée.
De prime abord plutôt mauvais, la faute  à un jeu trop axé sur son physique et ses mimiques de séducteur ténébreux, Rupert dévoile progressivement son talent, distillant avec la nonchalance d’un dandy des piques cruellement franches avant de baisser les armes face aux sentiments lors d’une explosion d’émotions au cours de laquelle il outshinera la belle Michelle. A souligner aussi l’épatante reconstitution de la France de la Belle-Epoque, la cruauté et la vivacité de dialogues ciselés avec talent, le charme discret des costumes et de la mise en scène et l’intelligence du propos (le temps qui passe), tout en nuances et subtilités.

Tout juste regrettera-t-on que la douce ironie qui flotte sur le film ne soit pas plus appuyée, voire même qu’il ne soit pas un peu plus fou, et que le personnage de Kathy Bates flirte autant avec la caricature.

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Classé dans Cinéma, Critique

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