A vie de décès


Je vous épargne les lieux communs genre le monde est petit, mais putain des fois, c’est foutrement vrai.

Ce matin, en lisant Libé, je me suis arrêté sur le Carnet, dont je me cogne royalement d’habitude, l’oeil attiré par un avis de décès plutôt long, agrémenté d’une photo en couleur. Juste à côté, il y avait un article sur les 40 piges de la Fraise Tagada que j’ai moins calculé qu’un 33 tonnes en pleine rue alors que je peux m’en envoyer un paquet en 2 minutes 30 chrono, c’est dire.

A travers cet avis, plus long que ceux que l’on trouve d’ordinaire dans le canard mais finalement très court pour un dernier au revoir, je me suis allé à dessiner les contours de la vie de ce mec parti dans la force de l’âge.

Ses parents et une tierce, un homme en l’occurrence, s’adressaient à lui en l’appelant par ses surnoms pour savoir où il était parti et lui dire qu’il laissait un grand vide dans leurs vies. Ça peut paraître con ce genre de truc, mais assurément il y avait du chagrin et beaucoup d’amour là-dedans.
Ils faisaient ensuite savoir que notre trépassé ne souhaitait pas de cérémonie religieuse et qu’il tenait à ce que la dispersion de ses cendres ait lieu dans une ambiance festive. Un mec joyeux je me suis dit, pas le genre qui veut qu’on le pleure et qu’on porte le deuil 153 ans drapé dans des habits noirs et difformes sensés extérioriser la peine.
J’ai extrapolé : un artiste certainement, peut-être un musicien quelque chose comme ça. Un musicien voudrait certainement que ses adieux soient festifs. Un peu con comme raisonnement, comme si un avocat voudrait que la dispersion de ses cendres soit une plaidoirie…

Réfléchissant simplement, j’ai pensé que l’homme qui s’associait au chagrin des parents devait être son compagnon et qu’il était gay. Raccourci dégueulasse, il était peut-être mort du Sida alors. Un homo de 43 ans… Ca semble tellement évident.

Puis j’ai refermé le journal en relevant un ultime détail, son mec habitait le 11e. Comme moi autrefois.

Puis je n’y ai plus pensé.

Ce soir au téléphone, ma mère me raconte qu’une dame l’a appelée dans l’après-midi pour lui faire savoir que Jean-Marc Pelletier était décédé et que la famille R. figurait dans sa liste des personnes à prévenir. Ma mère ne se souvenait plus trop, mais elle avait une piste.

De prime abord un peu surpris, l’ampoule s’est soudainement allumée dans ma tête alors que je l’écoutais disserter sur ce voisin prof de musique qui avait taillé la route depuis une paye. « A part lui je vois pas« . J’ai bondi sur le Libé du jour, je me suis précipité page 17, colonne de droite : en gras, le nom du défunt dont l’avis de décès m’avait interpellé : Jean-Marc Pelletier.

Merde. Je me sens coupable de ne pas avoir percuté tout de suite, de ne pas l’avoir reconnu sur la photo. Jean-Marc Pelletier a habité le même immeuble que ma famille pendant plusieurs années. Un mec serviable, sympa, souriant, gentil, discret. Le genre de voisin qui donne tout son sens à la fête du même nom. Un soir d’accident domestique option incendie (un grand classique chez moi), il a pris ma petite soeur et mon frère chez lui, deux étages en dessous de chez nous, le temps que les pompiers arrivent. C’est le souvenir le plus marquant que j’avais de son passage dans ma vie avant d’être touché et ému par le fait qu’en route vers le Valhalla, il se soit souvenu de nous, de simples et bruyants voisins qui ont habité deux étages au dessus de son appart’ pendant trois ou quatre piges.

Je ne voudrai pas finir ce billet sur une faute de goût, alors peut-être que le mieux, c’est que je ne le termine pas…

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