Jay-Z victime du Sida du web


Je me répète, persiste et signe plutôt mille fois qu’une : les commentaires, c’est le sida du web. On en a une nouvelle preuve avec ceux qui accompagnent cet article sur Jay-Z qui revient sur les études d’un universitaire yankee utilisant le clash entre Jay-Z et The Gayme pour faire son intéressant et proposer une analogie avec la position des Etats-Unis dans le monde, le premier personnifiant l’Oncle Sam, le second l’Iran ou la Corée du Nord (je penses qu’ils apprécieront d’être « interprétés » par un mec qui s’est fait encré un papillon sur la gueule).

L’article en question est aussi loin de briller par son intelligence qu’une interview de Flapie Froment, mais les commentaires, près d’une centaine, c’est une autre paire de manches. De la merde en barquette. AOC.

Une logorrhée fécale de ce niveau, ça ne devrait jamais quitter les chiottes. Et vas-y que je débine Jay-Z avec toute la morgue du gars qui se prend pour un gros malin mais qui n’a pas l’ombre d’un argument, que je me lance dans un concours de masturbation intellectuelle avec à la clé l’énumération de tout ce que les Amériques font de plus cliché en matière de rap engagé/underground pour bobos. En fait, le pire ce ne sont pas tous les Sardous qui viennent dire que le rap ça pue et que par une extension logique Jay-Z aussi, ce sont les gens du cru, les soi-disant connaisseurs. Des talibans du bon goût qui citent à tour de bras ce que NY a pondu de plus minimaliste et dark au milieu des 90’s, du Wu-Tang à Mobb Deep, lesquels valent beaucoup mieux que ces « attardes » qui les citent. A les écouter, hors des rappeurs instruits, des poètes du bitume ou des rejetons des projects cradingues de Queensbridge, point de salut.
Les plus mesurés soutiennent que Jay-Z est fatigué depuis qu’il est revenu de sa retraite. L’éternelle et attendue ritournelle du « c’était mieux avant ». Certainement les mêmes mongoliens  qui anônent avec leurs airs supérieurs de snobinards de la culture que Tarantino n’a plus rien sorti de bon depuis Pulp Fiction. Je préfèrerais m’en aller plutôt que d’entendre ça plutôt que d’être sourd.
American Gangster, la dernière galette en date de Shawn Carter est unanimement saluée comme l’un de ses meilleurs albums, médaille de bronze de son abondante discographique derrière Reasonable Doubt et The Blueprint.

Si l’un de ces tristes sires peut soutenir (et prouver !) avec des arguments pertinents (citations, critiques d’albums etc) que Jay-Z c’est de la merde, on pourra jouter dans les arènes du débat. Dans le cas contraire qu’ils gardent leurs babillages diarrhéiques pour le courrier des lecteurs de leur torche cul élitiste favori.
Et par pitié, épargnez moi votre merde sur le rap commercial et capitaliste ou je serai obligé de vous envoyer par La Poste des fraises Tagada arrosées de cigüe. Dès l’instant où un artiste met sa création à disposition du public en échange d’une contrepartie financière, il s’inscrit dans une démarche commerciale qui participe du système capitaliste que chacun d’entre  nous nourri, de Besancenot à Laguiller en passant par Jay-Z et moi.
L’underground c’est le métro. Quant à l’engagement dans le rap ce n’est pas plus obligatoire que le mariage ou l’herpès quand on va à Vegas.

Si l’on s’en tient aux faits, quels arguments resteraient-ils aux commentateurs de Rue89 ?
Les lyrics ? Jay est salué comme étant un parolier hors pair dont l’habileté à jongler avec les mots n’est plus à démontrer. L’un des meilleurs que le rap US ait jamais produit malgré son goût immodéré de l’égotrip. Parler de lui et de sa thune, c’est son truc. Le cantonner à ça, c’est malhonnête. This Can’t Be Life, Momma Loves me ou Song Cry sont là pour le prouver.
Les thèmes qu’il aborde ? Il est plus facile de faire un chef d’oeuvre avec There Will Be Blood qu’avec The Dark Knight, plus difficile de rater La Liste de Schindler que Jurassic Park. En restant à l’écart de l’invasion de l’Irak, du racisme ou de la violence policière, Jay-Z n’en n’a donc que plus de mérite. Chez lui, la forme transcende le fond et non l’inverse, preuve que le talent (immense) est déjà là à la base et qu’il n’a pas besoin d’un sujet fort pour briller de tout son éclat. Jedi Mind Tricks serait-il Jedi Mind Tricks sans faire du Jedi Mind Tricks ? Serait-il aussi bon lyricalement s’il causait bling-bling, Bentley et petites pépés ? (Notez bien que je fais le distingo entre « être bon » et « être intéressant », qu’on vienne pas me casser les couilles).
Les beats ? En ce qui concerne la musique, j’ai toujours pensé que c’était une question d’appréciation, de goût. Qu’est-ce qui fait que je vomissais Dragosta Din Tei mais que j’ai tout de suite accroché à Live Your Life, j’en sais foutre rien. C’est comme ça et puis c’est tout. Autant on peut causer lyrics, interprétation jusqu’au bout de la nuit autant je crois que dans la mesure du possible, il faut écouter la musique plutôt qu’en parler.
On peut quand même dire que Jay-Z s’est toujours entouré du haut du panier pour flirter avec des sonorités pop/r’n’b qui lui ont assuré l’allégeance des dancefloors du monde entier. Pour autant, ses albums regorgent toujours de pépites soulful ou de productions plus sombres et mélancoliques mais toujours foisonnantes, bien loin du minimalisme d’un groupe comme Mobb Deep.
Le flow ? Certes il n’est pas aussi acéré que celui d’un Busta Rhymes ou d’un Method Man, mais il se situe quand même dans la moitié haute de la catégorie à des kilomètres du débit monotone et invarié d’un Kanye West, lequel rappe toujours de la même façon que ce soit sur un son lancinant de Dre ou sur le prochain tube electro style de Timbo.

Avec tout ce blabla, j’allais presque passer par pertes et profits l’essentiel : le nouveau simple de Jay-Z, Run this town en trio avec Kanye West et Rihanna. Bonne nouvelle, Jigga a renoncé à soumettre les ondes avec Off That en featuring avec Drake, ce qui en terme de premier single officiel (D.O.A étant un street single) était une aussi bonne idée que de s’envoyer une pute albanaise sans capote à l’arrière d’un Renault Trafic dans un camp Rom’.

Une bonne nouvelle étant toujours en très bonne compagnie, ce nouveau single, qui a pour mission de lancer la carrière commerciale de The Blueprint III, est une merveille qui après Jockin Jay-Z, Brooklyn we go hard et D.O.A. préfigure le 11e solo de Jay-Z comme une tuerie qui devrait faire date dans l’histoire du rap US.

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1 commentaire

Classé dans Music

Une réponse à “Jay-Z victime du Sida du web

  1. Wayne Campbell

    Une fois décédé, il sera reconnu comme étant le plus grand rappeur de l’histoire. word.

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