The sisterhood from the slim pants


Le 31 mai dernier ma sœurette a fêté ses 13 ans. Pour mes géniteurs et leurs voisins non insonorisés, la période long fleuve tranquille de leur vie est désormais derrière eux. Pour une demi douzaine d’années au bas mot, c’est le début de la fin rayon tranquillité d’esprit du paternel.

Lorsque la dernière flamme a cessé de danser sur l’ultime bougie du fraisier de son 13e printemps, le corps de ma sœur est devenu un milk-shake hormonal à l’affût de la moindre paille.
Quand je me suis installé à mon compte il y a un an et demi, la gamine mirait 30 millions d’amis, se prenait pour Nicole Kidman à la DS et caressait le rêve de devenir vétérinaire (ou d’avoir plein de chats, mais on lui a ôté cette idée de la tête parce que c’était un truc de clodo). Aujourd’hui elle parle de son jean slim, porte une frange, a été au concert de David Guetta au Stade de France (c’est pas faute de l’avoir biberonnée à la bonne musique pourtant) et vante de sa voix insupportablement haut perchée son grand succès auprès de la gent masculine de son lycée de bourges, du grand de 4e au m’as-tu-vu de service blindé de thunes en passant par le cerveau de sa classe au blaze  biblique improbable (le mec s’appelle quand même Jeroboam ou quelque chose de ce style).

Présentement, je vous avouerai que moins je l’écoute lui parle mieux je me porte. Idem pour la facture téléphonique. C’est dingue ce qu’elle jacasse. On dirait Michel Chevalet. Même si je garderai toujours un œil intéressé sur ses conquêtes, je n’ai pas trop l’intention de former le jury de la Nouvelle Star avec le reste de ma famille pour les passer à la question. De toute façon mon bodybuilding bro’ est déjà sur le coup et croyez moi, à lui tout seul il est capable de déclencher une vague de suicides parmi les amis à quéquettes de la frangine.

En revanche, ça ne sera pas du tout le même disque si sista s’avise de se faire raccompagner en scooter ou pire encore, en caisse, par un gus plus âgé avant d’avoir entendu les trompettes libératrices de la majorité. Faudra appeler Houston, parce que ça chiera des bulles.

Je tiens en plus haute estime les supporters du Real Madrid que ce genre de mec. Aussi vrai que Jeremy Piven est la vraie star d’Entourage, les renards d’une vingtaine d’années qui sortent avec des poulettes du lycée sont de pauvres mecs doublés de dangereux prédateurs.

J’avoue que lorsque mon séant lustrait les bancs du lycée, je regardais avec un mélange de colère et de jalousie ces rigolos qui levaient nos potentielles conquêtes sous nos pifs. T’as 16 ou 17 berges, tu penses avoir la classe avec ton haut de survêt Sean John XXXL à 120 euros, t’as un Nokia 3310 avec mobicarte, un BMX et plus de boutons sur la face qu’une vieille calculatrice. Qu’est-ce que tu veux faire contre Cheikh Yassine, apprenti rappeur de son état, livreur de pizza à mi-temps, teint vierge de toute agression acnéique, possesseur d’un survêt’ Lacoste vert feu de signalisation et pour couronner le tout, heureux héritier de la Xantia paternelle ?

Bah rien. Tu regardes Cheikh Yassine et la délicieuse Clara se galocher devant le lycée et toi tu te contentes du fond du panier. Ou d’une bonne branlette quand le filet est vide. Tu joues les élèves consciencieux pendant que Clara parle avec Dorothée de son après-midi à la foire du Trône avec Yassine. Pendant l’intercours, tu bâtis pierre après pierre ta répute de révolutionnaire carte orange deux zones en montrant ta détermination à sonner la révolte contre Monsieur Renouard, lequel retient la classe en otage cinq minutes au delà de l’heure légal à la fin de chaque cours de physique, lors du prochain conseil de classe. Mais Clara s’en cogne, elle est trop occupée à louer la galanterie de Yass’ qui lui a tiré sa chaise quand il l’a invité au chinois à volonté de la rue Saint-Jacques pour fêter leur deux mois.

Tu regrettes alors de ne pas être aussi cool et indépendant que Yassine tout en désespérant d’être cantonné à la pêche au thon à défaut d’avoir autre chose à proposer que des sorties en métro, des cinoches, des balades rue St-Denis et des McDo. Mais comme tu es sage, tu te raisonnes en te disant que la roue tourne, que tout vient à point à qui sait attendre et que dans le désert, une ronce reste une fleur.
Puis le temps faisant son ouvrage, tu deviens de plus en plus sûr de toi, tu abandonnes ton crédo d’ « une phrase, une blague », tu remises tes sweats XXL à l’effigie de 2Pac au placard, tu te fous des jeans à ta taille sur le cul, tu portes des chemises quand tu vas en soirée et tu te fais un projet professionnel.

Cinq après le lycée, tu as avancé. Pas Cheikh Yassine, qui à force de faire du surplace a fini par prendre sa racine et devenir un looser.
Au volant de la Xantia paternelle dont il n’a jamais pu décoller la vignette 93, il a fait une Lady Di contre le mur de la trentaine, une blonde décolorée rencontrée au Best-Of à la place du mort et deux marmots sur la banquette arrière. Avec son CDI de livreur chez Interflora, il ne peut pas se payer autre chose qu’un deux pièces dans un HLM de banlieue. Toi t’as beau être plongé dans les études et vivre chez tes darons, à côté de lui t’es le roi du pétrole. En plus c’est toi qui pars en vacances avec Clara et ses parents maintenant.
L’adversaire n’était pas de taille en fait. La victoire n’a même pas ce goût vanillé pour lequel on aime tant y goûter.

Aujourd’hui que j’ai un quart de siècle et que je pourrais  à mon tour faire la sortie des lycées avec de la poudre aux yeux pour chopper de la chatte fraîche à moindre investissement, je repense à ces gaziers en sirotant un cocktail mépris-pitié. Même si j’avais été célib’, j’aurai autant envie de sortir avec une lycéenne aujourd’hui que d’échanger mon chat contre un pélican hémophile.
Avoir plus de 20 piges, une Visa sans limite de retrait, un passeport, le droit d’acheter clopes et Smirnoff et celui de se transformer en mur porteur du Macumba sans en référer à l’autorité parentale, et devoir se trimballer une louloute qui doit faire appel au Conseil de Sécurité de l’ONU pour négocier la permission de minuit, c’est juste l’über-loose.

Les primaires ne draguent pas en maternelle, les collégiens ne chopent pas en primaire, les lycéens ne font pas de razzia au collège et il n’y a aucune putain de raison pour qu’il en soit autrement plus tard. Une meuf qui au lycée sort avec un mec plus vieux, c’est trop souvent une fille qui vieillit trop vite, parfois même plus vite que le mec avec qui elle sort et qui devrait sortir avec une demoizelle de son âge.

Publicités

2 Commentaires

Classé dans Me, myself & aïe !

2 réponses à “The sisterhood from the slim pants

  1. Très inspiré ce post 😉 !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s