Le conseil lecture du jour


Cet été, j’ai descendu deux bouquins et un régime de magazines. Alors que je me tâtais encore sur l’opportunité de faire une revue de Survivant (pondre un texte sur quelque chose d’aussi génial c’est chaud), je me suis demandé pourquoi il n’y avait jamais de « critiques » de magazines. Pourtant certains sont plus chers qu’un bon livre de poche et mériteraient qu’on y regarde à deux fois avant de devenir une insulte de plus à son banquier et d’autres, beaucoup en fait, sont meilleurs que les rouleaux de sopalin Guillaume Musso et Marc Lévy, lesquels devraient donner envie de s’immoler à la Bétadine à tout individu dont le QI excède 50.
Je peux comprendre qu’on soit rebuté à l’idée de mettre sur un même plan littérature et journalisme, mais là encore, quand une compilation opportuniste de Vie de Merde ou Dans ton Chat colonise les rayonnages de la Fnac, il y a toujours un zouave pour les reviewer à grands coups de clairons. Mais jamais rien pour les magazines. Serait-ce l’absence d’unité de style, d’auteur et de thème qui pose problème ? Le côté périssable d’un périodique remplacé chaque semaine, chaque mois, chaque trimestre par un nouveau numéro ?

Si c’est le cas, on va commencer léger avec le traditionnel hors-série estival de Technikart consacré aux séries télés et le Spécial Tarantino des Inrocks 2. Deux hors-séries que vous pourrez, si le palpitant vous en dit, garder bien précieusement dans votre bibliothèque entre votre Palahniuk préféré et « Le chant du bourreau« .

Chaque année depuis trois étés, Technikart piétine les plates-bandes de Générique(s) avec son hors-série spécial séries. Cette année, le mensuel news, culture et société envoie du bois avec un spécial « spécial comédies » dans lequel on retrouve Larry David, Adam Scott, Will Ferrell, Alexandre Astier ou encore le cosmiquement fendard Danny McBride et sa coupe de cheveux improbable quelque part entre Emmanuel Petit au début des années 90 et Rick James période bouclettes.
De base on s’incline respectueusement face aux choix éditoriaux des loustics. La vraie marrade est à l’honneur et on n’est pas obligés de se taper des dossiers à deux balles sur la sauce humoristique qui ne prend pas dans les séries françaises avant de lire quelque chose d’intéressant.  Pas non plus de papier sur 30 Rock ou de pause nostalgie à trois francs six sous avec Friends ou Seinfeld même si cette dernière revient souvent, Larry David oblige. On sort des sentiers battus.

Où je me dis que ça doit quand même être un sacré kiff d’avoir les coudées franches pour faire de la retape pour des gus que tu admires dans un ‘zine de premier plan. Qu’est-ce qui pourrait justifier que Larry David soit cloné à l’infini en Une sinon ? Le mec n’est pas vendeur, c’est à peine s’il est connu chez nous, tout le monde se cogne de Seinfeld, au moins autant de Larry et son nombril et les gens qui l’ont vu en héros du dernier Woody Allen doivent se compter sur les doigts de la main d’un menuisier parkinsonien.
Mais attention ! On n’est pas pour autant dans un truc nombriliste ou consanguin genre « les connaisseurs parlent aux connaisseurs ». Même s’il cache mal sa volonté de prosélytisme, il y a un vrai soucis didactique dans le mag’ avec une sélection des meilleurs épisodes de Curb Your Enthousiasm, des schémas sur l’évolution de la sitcom à la télé yankee ainsi qu’une frise qui permet de comparer l’évolution de la fiction TV comique en France et aux USA (et de mieux mesurer l’abîme qui ne cesse de se creuser entre nous au fil du temps).

Au cas où je ne vous aurai pas convaincus, le HS de Technikart est également fun et bien écrit. On n’est pas dans Positif où les mecs écrivent pour le plaisir onaniste de se lire sur papier glacé et faire vendre  dictionnaires et aspirine.

Ça coute 4,5 euros, c’est encore en kiosque et contrairement au web, le papier ça ne te sodomise pas la cataracte. Un bon investissement croyez moi.

Le spécial Tarantino des Inrocks maintenant. Perçons les points noirs d’entrée :
– la couv’ est un authentique attentat visuel et en plus elle est mal faite. On dirait du travail de Roumains grévistes. C’est pas sérieux.

– le titre « Le bad boy d’Hollywood« . Faut vraiment arrêter avec ce genre de conneries. D’une part parce que c’est cliché et attendu, d’autre part parce que ça sonne tellement 1992 que j’ai failli aller au Suma et acheter des Raiders et une bouteille de Banga.
– le best-of des BO de Quentin. Plutôt que de nous imposer un album de 10 titres que je vais galérer à fourguer sur Amazon, les ptits gars des Inrocks auraient mieux fait de trouver un autre appât marketing et de nous filer une playlist spotify voire même de simplement dégager tout bonus et de diviser le prix par deux. Surtout qu’un magazine qui vous offre quelque chose, ça peut vite faire fascicule ou Picsou Magazine ou Closer genre « mon magazine est moisi mais achète-le quand même on t’offre des tongs à fabriquer toi-même ou des fausses Ray-Bans« .

Vu que vous ne pourrez pas le feuilleter avant achat à cause de l’emballage dont il est prisonnier avec l’album sus-mentionné (et l’écologie bordel ! Ça se fait plus les CD ! Ça pollue !), permettez moi de vous convaincre d’un truc : il est indispensable.
D’abord les articles étant pour la plupart l’œuvre de Philippe Garnier ou de Serge Kaganski, on retrouve une unité d’opinion et de style des plus appréciables de la part de deux plumitifs qui connaissent bien l’œuvre de Mister Kill Bill. Ça permet aussi de constater l’honnêteté du cheminement qui a conduit à ce hors-série.
Les longs articles sur les sorties de Reservoir Dogs, Pulp Fiction ou Jacky Brown sont d’époque. En dehors d’un intérêt « historique » certain (qu’est-ce qui se baragouinait sur Tarantino six mois après Reservoir Dogs ? Comment appréhendait-il l’après-Pulp Fiction ?), ça a le mérite de l’honnêteté intellectuelle. A posteriori, c’est easy de dire que Pulp Fiction est un classique qui a résisté aux assauts du temps bla bla bla, mais que s’en était-il dit à l’époque ?  C’est d’autant plus approprié que Quentin Tarantino est définitivement le parangon du réalisateur dit « de son époque ».
Évidemment, il y a aussi des papiers écrits spécialement pour ce hors-série qui permettent de restituer l’œuvre de Tarantino dans le présent, à l’aube de la sortie d’Inglourious Basterds, sans jamais basculer pour autant dans l’explication d’image verbeuse comme on pourrait être tenté de le faire pour un gars dont les films offrent de nouvelles découvertes à chaque vision.
Ce spécial Tarantino évite aussi le remplissage. Il y a un abécédaire tarantinien pertinent et amusant quoique un peu court, une sélection de films marquants par QT dont Top Gun (so good) mais surtout il y a des témoignages d’artistes aussi variés qu’Almodovar, Claude Lanzman, Virginie Despentes, Riad Sattouf ou Jacques Audiard sur le bonhomme. J’ai toujours trouvé ça passionnant d’entendre (en l’occurrence de lire faites pas chier) des artistes causer d’un de leur contemporain. Et ici ça l’est.

Après tout ça, il reste encore quelques goodies que je vous recommande chaudement de découvrir par vous-même d’autant plus qu’en dépit de son statut unique dans la sphère culturelle contemporaine, aucun bouquin digne d’intérêt n’est jamais sorti sur Quentin Tarantino. Avec « Sexe, mensonge et Hollywood » de Peter Biskind, dans lequel Quentin barbote dans un second rôle de luxe, ce hors-série des Inrocks est tout simplement ce qui s’est fait de mieux sur Tarantino jusqu’à présent. Et boum !

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1 commentaire

Classé dans Cinéma, Presse

Une réponse à “Le conseil lecture du jour

  1. OK, la couv’ la plus moche de l’histoire de la couv’ !

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