Backdraft


Samedi midi, le Colonel Maman et ma sista ont été voir du côté de St-Germain si elles y étaient. Le temps d’un chnew à volonté et d’un aprèm’ dans les quartiers chics, le Colonel s’est improvisé garde chiourme de ma sœur et sa BFF. Ce n’est pas du tout le sujet de cette note mais je voulais juste dire que ladite BFF a offert au colonel un triple best-of de Claude François sans raison particulière. C’est quoi le projet, elle a envie de se faire adopter cette gosse ?

De toute façon là n’est pas le sujet alors dossier suivant.
Ma mère n’étant pas là, l’instinct de survie nous a poussé le Christ et moi dans la cuisine pour grailler. Mais à la caserne parentale, se sustenter c’est le parcours du combattant d’un point de vue logistique et spatiale.
Du coup, et alors que je suis un putain de cuisto en temps normal, le roi du risotto même, j’ai réussi à mettre le feu à une poêle en faisant cuire deux steacks hachés à la con.
Comme je suis un gus consciencieux et que je ne voulais pas foutre en l’air le déjeuner de bro’ qui rentrait de la muscu, j’ai éteint cette belle grosse flamme en soufflant dessus.
A vu de museau, je dirais qu’elle s’élevait à une trentaine de centimètres quand même. C’était pas de la flamme de bougie quoi. Et pourtant, j’ai sauvé les steacks. Au delà du ridicule de la situation, faut bien se rendre compte que ce n’est pas la première fois que le feu me brûle les moustaches.

La première fois, j’avais une dizaine d’années. En vacances en Galice chez mes grands-parents, mon frère et moi n’avions pas grand chose à branler à part des conneries en tout genre, comme se lancer dans la contrebande d’œufs, braconner des grenouilles, élever des lézards ou autopsier un renard.

Ce jour là, alors que ma grand-mère était en train de bêcher dans son potager, j’ai décidé d’assurer mon rôle de grand frère en prouvant par A + B à Christo le danger que représentait le feu.
J’ai donc pris un briquet et allumé un peu de paille en plein milieu du chemin pour que l’enfant voit à quel point le feu prenait vite. Faut croire que je suis sacrément meilleur que Bonaldi quand il s’agit de faire des expériences parce qu’en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « masse moi le cul », on faisait un remake du buisson ardent sans l’intervention de Dieu. J’en rigole mais sur le cou c’était carrément flippant. Les flammes grossissaient plus vite qu’un chinois à un concours de mangeurs de hot-dogs et menaçaient de traverser le chemin pour se propager aux collines galiciennes. En pleine sécheresse aoûtienne, ç’aurait été une belle merde. J’étais bon pour la maison de redressement.

Finalement le temps pour mon frère et moi d’aller quérir des secours à la maison 800 mètres plus bas, ma mère-grand était venue à bout de l’incendie toute seule, du haut de ses 80 piges.
Bizarrement, exception faite d’une couz’ de mon père (dont l’avis n’a de toute façon aucun espèce d’intérêt puisqu’on parle quand même d’une personne qui a épousé un portugais), personne ne m’a sonné les cloches. Pendant longtemps, j’ai cru que c’était grâce au mytho que j’avais inventé pour me couvrir, mais une quinzaine d’années plus tard, je sais qu’un adulte ne peut pas gober qu’un incendie ait été provoqué par une allumette malencontreusement tombée d’un hélicoptère.

Quelques années plus tard, alors qu’une chaleur suffocante noyait la nuit parisienne dans un silence de plomb où ne résonnait que les pschitts de l’insecticide avec lequel le Colonel Maman exterminait les moustiques de la cuisine, un cri soudain déchira le silence. Une boule de feu façon Harry Potter s’était formée au dessus du frigo et avait enflammé le placard qui le surplombait.
Ma première réaction a été de me dire qu’au fond, voir notre cuisine de pak-pak partir en fumée ne pouvait pas être une si mauvaise chose. Alors plutôt que de la jouer backdraft, j’ai tiré ma sœur et mon frère de leurs lits pour les mettre à l’abri chez un voisin trois étages plus bas. Puis je suis remonté sauvez les miches du Colonel non sans avoir prévenu nos voisins de pallier au passage. [Vous apprendrez avec le temps que gérer des situations totalement improbables et savoir me démerder avec des trucs bigger than me genre, organiser un enterrement ou trouver des billets pas chers pour Porto à 5 heures du mat’, font partie de mes spécialités alors que j’ai encore un peu de mal à faire la vaisselle sans gaspiller l’équivalent de l’étang du Bois de Vincennes en eau. ]
Comme je gérais bien jusque là, je me voyais déjà avec la légion d’honneur ou la médaille du courage épinglée au revers de ma veste Ecko. Mais le Colonel Maman a tout mis par terre en réveillant mon père. Eh ouais, malgré le bordel ambiant, il a fallu qu’on le réveille pour qu’il sorte du lit. Ce qui prouve bien que la croyance populaire selon laquelle les moustachus ont un sixième sens n’est valable que pour les chats.
Après avoir enfilé un jean, il a mis une grande baffe à ma mère pour lui remettre les cases dans l’ordre. Si vous êtes choqués par cet accès de violence, sachez quand même que plutôt que de le laisser accéder à la cuisine, elle s’accrochait à son bras pour lui expliquer ce qui c’était passé tout en lui criant de se dépêcher et d’éteindre le feu. Contreproductif comme attitude.

Ceci étant fait, il s’est calmement dirigé vers l’interpallier, a pris l’extincteur sous l’oeil des voisins qui attendaient certainement que les flammes viennent leur lécher la pipe pour décamper, puis est retourné combattre l’incendie qui consumait notre cuisine. Puis il est ressortit pour aller chercher un extincteur à l’étage du dessous parce que le premier qu’il avait pris ne marchait pas, et là, il a éteint le feu pour de bon.

Entre temps, d’autres voisins avaient appelé les pompiers, lesquels ont débarqué en force avec tout leur barda. Après la bataille donc. Est ensuite arrivé un mec de GDF pour vérifier que l’incendie n’avait rien à voir avec une fuite de gaz. De la montée d’adrénaline de cette soirée je garde une image : le mec de GDF, un rebeu d’une quarantaine de piges, en train de causer golf avec un gosse de 10 ans (mon frère), à deux heures du mat’. Vous comprenez mieux le cheminement intellectuel qui m’a conduit à dire non à la drogue.

Un jour peut-être je vous raconterai la fois où ma sista a mis le feu aux rideaux de Mamie Alzheimer ou bien quand mon père a cramé la hotte de la cuisine en faisant une tortilla.

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3 Commentaires

Classé dans Me, myself & aïe !

3 réponses à “Backdraft

  1. mysantrhope

    mouais bosse ton style c’est un peu « vert » mais y a de l’idée ..

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