Lily Rush, dernier inventaire


On distingue deux genres de série aujourd’hui. Les cinq étoiles de la petite lucarne, louée par les banques du sperme, genre Lost, House, The Wire, Mad Men, Entourage et toute l’équipe, dont on guette l’arrivée des SRT chaque semaine pour s’envoyer sa dose, et les séries d’appoints, souvent estampillées Bruckheimer, qu’on se télécharge quand on n’a rien à se mettre sous les crocs parce qu’il vaut mieux regarder Les Experts que Sœur Thérèse.com t’es marrant toi.

La plupart de ces séries d’appoint, c’est de la chiasse.
FBI Portés Disparus ? De la merde. Heureusement que ça s’arrête et j’espère même que ça se terminera par la mort de Jack Malone. Cinq saisons à se cogner sa bouille de dépressif en colère ça va bien maintenant.
Les Experts Miami ? De la grosse merde. Le rouquin Horatio Caine ça fait une paye que j’ai envie de lui coller une danse et de piétiner ses bésicles de branleur. En plus le reste du casting est particulièrement antipathique à l’inverse de celui très pasteurisé des Experts Manhattan.
Esprits Criminels ? De la grosse grosse merde cacaricaturale que les gens regardent parce que sinon ils seraient peut-être obligés de lire des livres avant d’aller se coucher.

Dans le genre séries d’appoints j’aime bien la série des « New York » (police judiciaire, section criminelle, vendeur de hot-dogs), mais je ne sais jamais qui joue dans quoi et ça reste quand même vachement répétitif. En plus pour peu que tu lises le New York Post et son site web, y’a toujours plus ou moins moyen de deviner ce qui va se passer.

Non LA série d’appoint que je kiffe regarder quand j’ai rien à me mettre sous la dandine, c’est Cold Case. I ❤ Cold Case.

Ce qui me plait dans la série de Meredith Stiehm, c’est d’abord l’humanité de ses héros, capables d’empathie avec les victimes mais aussi avec les coupables ce qui est bien moins évident dans les séries mainstream qui patrouillent aux avants-postes de l’Audimat. Sauf Scotty Valens mais lui à tous les coups il cache un traumatisme, genre je suis le fils du chanteur de la Bamba et j’ai pas touché un sou.

L’ampleur dramatique et émotionnelle de Cold Case force d’autant plus mon admiration que la série ne verse jamais dans le mélo ou le pathos Lidl. Elle restitue avec une élégante finesse la dimension dramatique du meurtre de quelqu’un aussi bien pour ses proches, que pour le coupable.

Un mec qui meurt dans Cold Case, c’est quelqu’un qui a une histoire, une famille, des amis, un passé, un futur. Pas une espèce de branleur qu’on charcute sur une table d’autopsie et dans des flashbacks à te sodomiser la cataracte, pas une croix de plus sur le tableau de chasse d’un psychopathe quelconque.

Un épisode de Cold Case qui envoie du bois n’a pas comme point de départ un meurtre stylé, spectaculaire, créatif ou graphiquement réussi, mais un crime avec un riche background d’un point de vue narratif, de préférence ancré dans une époque marquée historiquement. Ce dernier aspect reste malheureusement insuffisamment exploité mais peut-être que ça va de pair avec le refus du spectaculaire de la série.

L’humanité et la finesse de Cold Case tient pour beaucoup dans la personnalité de Lily Rush, héroine déterminée et hantée de la série, à la fois forte et sensible pour ne pas dire fragile. Dans ce registre, les autres personnages ne sont pas en reste non plus, spécialement John Stillman.

Le show, produit par Jerry Bruckheimer, a aussi le bon goût de ne pas en faire des caisses avec la vie privée et les états d’âme des héros, à l’inverse d’une série comme Esprits Criminels qui doit être à la finesse ce que Traci Lords est à la virginité. Ceux-ci sont bien sûr touchés par leurs enquêtes, mais c’est parce que comme nous ils assistent à la résurgence de drames, de secrets inavouables, de petites lâchetés enfouies sous le vernis de la routine et du temps qui passe.

A l’inverse d’autres séries, les gimmicks de Cold Case ne m’exaspèrent pas (les allers/retours incessants entre passé et présent, la chanson d’époque qui ouvre et clôt la série, souvent fort à propos, etc.) parce qu’ils contribuent à donner corps aux personnages non récurrents et notamment aux victimes. Les guests ne sont d’ailleurs pas là pour servir la soupe aux héros du show et leur permettre de briller en débitant des dialogues à la con (Horatio si tu me lis…).

Il y a un truc qui ne trompe pas quant à la qualité supérieure de Cold Case, c’est qu’il s’agit du seul show estampillé « Boum-Boum » Bruckheimer à avoir été acheté et diffusé par Canal Plus,  et vous comme moi savons bien que les séries de merde sont aussi rares sur Canal que les mosquées dans l’Alabama.

Cette semaine Cold Case est à nouveau passé sous la barre des 9 millions de téléspectateurs chez Tonton Sam. Du coup les observateurs ne donnent pas cher de la peau du bureau des affaires classées, d’autant plus que la série en est à sa 7e saison et qu’à compter de la 5e saison, ce sont les networks qui financent les séries et non plus les studios. Alors avant que Lily Rush et ses hommes ne tirent leur révérence, Cold Case méritait bien que je lui tire mon chapeau.

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