Enfermé dedans


Avant de dealer mes talents du côté de Noisy, j’ai usiné un an pour un site web quelque part entre Le Plessis-Robinson et Rotterdam. Pendant quelques temps je fus content mais si la période d’essai rend aveugle, la titularisation rend la vue. Les dix mois qui ont suivi m’ont tellement déprimé que j’ai temporairement interrompu toute activité bloguinienne. C’est con comme la lune parce que j’aurais eu une tripottée d’anecdotes à raconter.

Histoire de vous mettre au parfum de ce que avez loupé, laissez le Père Castor vous raconter une histoire.

Les bureaux de mon ex boîte se trouvaient dans un bâtiment au moins aussi vieux que Jeanne Manson, clairement inspiré par l’architecture communiste en vogue dans les dictatures d’Europe de l’Est des 70’s. La distribution des pièces avait été faite en dépit du bon sens et c’est ainsi qu’on devait traverser un couloir long comme une allée de bowling pour se rendre aux commodités.

Il était si long ce putain de couloir que j’ai songé plusieurs fois à acheter une trottinette pour le traverser, ce qui m’aurait préservé de fouler sa moquette miteuse, véritable nid à microbes pour les acariens eux-mêmes.
D’un côté de ce couloir de la mort à petits feux, il y avait un bureau abandonné loué ponctuellement à des petits entrepreneurs au bord du dépôt de bilan, une salle de réunion king size très COGIP ainsi qu’un réfectoire ridiculement décoré d’un crucifix égayé d’un rameau d’olivier d’époque, d’un frigo en bout de course pillé un matin sur deux (oui dans ma précédente boîte, les salaires étaient si mirobolants qu’on se faisait piquer nos victuailles) et d’un micro-onde si vieux qu’il avait un minuteur à aiguilles.
De l’autre côté, une salle où étaient testées des bobines de fil au moyen de bruyantes machines, aussi grande que les trois pièces précédemment citées.

Tout ça pour dire que si vous étiez pétomane amateur, vous pouviez peaufiner votre récital à chacune de vos descentes dans les lieux d’aisance et ce, sans gêner personne.
Bien entendu il y a toujours deux faces à une pièce alors quand la poignée de la porte des WC a tourné à vide quand j’ai essayé d’en sortir, j’ai tout de suite de compris que j’étais au sommet d’une cascade sans pagaie. Dans la merde quoi.

Dans le vide, personne ne vous entend crier. Pendant 45 longues minutes, j’ai donc pris mon mal en patience, l’oreille tendue pour chopper au vol un soupçon de bruit humain tout en signalant ma présence à intervalles métronomiques et en prenant garde à ne pas trop chiffonner ma dignité. Non parce que trouver une formule adéquate et virile pour se faire entendre quand on est coincé aux toilettes, c’est pas plus évident que de faire un couscous dans une crêpière.
Personne n’est venu. Personne. Autant dire que si j’avais fait une Michael Jackson, bah crac ! J’aurai cassé ma pipe épicétou. Comme Jacko.

Heureusement, le mur du petit coin, haut d’environ trois mètres, n’allait pas jusqu’au plafond. Elle était là ma porte de sortie (sic).

Dans Les Evadés, au moment de ramper dans un tunnel de merde pour quitter Shawshank, Andy Dufresne attache à sa cheville un sac poubelle full de vêtements propres. C’est plus ou moins dans la même optique qu’avant de faire le mur, j’ai ôté ma chemise et mon t-shirt et les ai envoyés par dessus. J’ai aussi nettoyé le sommet dudit mur avec du papier toilette puis profitant du mètre d’espace disponible pour prendre un semblant d’élan, je me suis hisser à la force des bras vers la liberté.

A cet instant deux pensées m’ont effleuré l’esprit : « faire gaffe en redescendant parce que j’aurai carrément l’air d’un bourricot si par dessus le marché je me foulais la cheville », et « pourvu qu’aucun de mes codétenus n’ait le mauvais goût de venir faire pleurer le cyclope pendant que je suis à dada sur le mur, torse-poil ».

Comme j’ai l’amour du risque (je m’appelle Jonathan aussi, le déterminisme nominal…), je me suis enfermé dans les WC voisins pour me rhabiller et me refaire une beauté. Puis je suis retourner claquer mes news. Ma petite mésaventure a bien fait se gondoler mes collègues, mais mon absence les avait pas alertés outre-mesure.

Avec le recul, je me dis que c’est à ce moment là que j’aurais dû me douter que quelque chose ne tournait pas rond. Apprends ça : si tu disparais de l’open space pendant presque 1/10e de ton temps de travail légal et que tout le monde s’en tamponne le cotillard (sic), c’est que tes collègues sont peut-être des connards.

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6 Commentaires

Classé dans Me, myself & aïe !

6 réponses à “Enfermé dedans

  1. so

    je voudrais, je voudrais dire quelque chose : déjà, cette anecdote me fait toujours autant rire. Ensuite, je confirme pour la salle de réunion, cogipante à souhait. Je n’ai pas testé la machine à café mais avec tout ce que tu m’as bassiné avec tes cappuccino, c’est comme si.
    Pour le reste ne t’inquiète pas je raconterai jamais à personne qu’un jour j’ai trouvé un Ortolan que j’avais pas acheté dans notre frigo à nous…………………

    p.s : j’adore tes mots clés.

  2. Jayhova

    Déjà bravo pour la référence du début, t’es la meilleure 😉
    Quant à l’Ortolan, j’avais fait un blackout total sur cet épisode ! J’espère que Jean Sarkozy ne passera jamais par ici, il serait capable de me faire un procès ! laule

  3. Marie

    Merci Jay pour cette petite pause de rire au milieu d’un laïus sur le modèle actanciel de Greimas !

  4. J’ai lu ça sur mon iPhone dans le métro et on a du me prendre pour un fou à glousser toutes les 30 secondes. On visualise tellement la scène… 🙂 Rien que d’y penser, ça me fait rire !

  5. Jayhova

    @ Marie et Michael : si je peux rendre service, c’est toujours avec joie 😉

  6. Zoé, la femme galak

    Moi aussi ça m’a beaucoup fait rire! Heureusement que tu n’étais pas en charmante compagnie 😉 Ou malheureusement !

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